
Aujourd'hui, nos élites gouvernent dans le culte du modernisme, avec des conséquences catastrophiques sur de nombreux secteurs. Quelles sont ces conséquences, et d'où provient ce culte ?
A/ Les origines
I/ Aux origines de la gauche moderniste
On le sait, de tout temps, le cheval de bataille de la gauche fut le progressisme, afin de résister à une droite jadis conservatrice. Ce progressisme avait pour objectif de se cantonner au simple plan humain, et de rendre l'homme meilleur. Cet objectif ne serait rempli que lorsque l'homme serait comblé, éliminant par la même toute jalousie à l'égard de l'autre.
Après Mai 68, au nom de la sacro-sainte "autonomie", le libéralisme économique fut favorisé par le biais de la fameuse "liberté d'entreprendre". Ce libéralisme économique, capitalisme qui ne disait pas son nom, s'accompagnait de toutes sortes de technologies novatrices, de progrès techniques constants : la gauche y vit le moyen de combler l'homme tout en favorisant l'économie nationale. Très vite, on taxa de "moderniste" toute technologie nouvelle permettant de faire avancer la science en augmentant le niveau de vie.
Afin d'éviter les questions gênantes du genre "Quid du sort des salariés trimant jusqu'à point d'heure pour combler des hommes en fait plus riches qu'eux ?", elle trouva une fine parade : les socialistes sont libéraux sur le plan de la libéralisation des moeurs. Or, il ne saurait exister de libéralisme partiel, il faut donc s'accomoder du libéralisme économique. Ainsi vint l'idée de modernisme de gauche, dans la continuité du progressisme humain.
Mitterrad asséna le coup de grâce en 83 lorsqu'il entama un programme économique plus capitaliste que celui de VGE afin de redresser la barre après une tentative ratée d'économie sociale.
II/ Aux origines de la droite moderniste
Malgré une adhésion sans faille au libéralisme économique jamais la gauche n'a osé se réclamer du capitalisme, terme devenu péjoratif qu'elle attaquait vivement comme outil d'oppression de la bourgeoisie.
La droite devait donc elle aussi se trouver un bouc-émissaire, et elle choisit l'état, ou plutôt l'interventionnisme étatique. Elle décréta donc que l'état n'avait pas à se mêler d'affaires économiques et se servit du modernisme pour justifier les forts inégalités créées par le régime libéral
Deux parcours différents, mais une finalité commune, c'est ce qui explique qu'aujourd'hui gauche et droite affirment la même chose mais se chamaillent sur les modalités d'application du même régime.
B/ Les conséquences
Nous prendrons deux exemple mis en avant par l'écrivain Jean-Pierre Legoff : l'entreprise et l'école.
I/ L'entreprise
Forts de cette doctrine moderniste, gauche et droite, ont présenté l'entreprise, source de progrès techinques, comme l'avenir de toute société; en imposant un totalitarisme mou : désormais, il existerait une série de qualités que devait posséder le salarié pour entrevoir des perspectives d'évolution : tolérance, écoute, mais surtout efficacité, rapidité, conformité. On a accru les charges de travail en faisant miroiter un avenir radieux pour qui se se pliait sans broncher aux normes imposées. Pour mieux faire passer une pilule au goût amer, on a décrété que la flexibilité de l'emploi était une véritable aubaine pour le salarié : "C'est une chance de changer de travail ! Plus de formation, donc plus de compétences ! Vous pourrez changer de travail au moins 4 ou 5 fois dans votre vie !" déclarent les différents rapports d'auteurs corrompus ou naïfs, qui s'adressent aux ravailleurs comme à des enfants qui traînent des pieds pour aller à l'école. On entend presque résonner un petit "Vous ne connaissez pas vore chance, bande de petits veinards !"
Désormais, le salarié serait régi par l'intouchable et divine "autonomie" mentionnée plus haut. Reste ) voir ce qui se cache derrière ce terme enjôleur. On pourrait croire qu'il s'agit d'une certaine indépendance voire d'une certaine liberté. Que nénni ! Il s'agit en fait de la qualité suprême du travailleur : la volonté de travailler plus qu'on ne lui demande pour le bien de son entreprise, qui serait comme une mère : on lui doit tout, il faut bien le lui rendre. Et au centuple, s'il-vous-plaît !
II/ L'école
C'est cette autonomie qui servira de base à l'école. mais dans un autre sens. Désormais, les matières ne seraient plus au centre de l'enseigement, elles seraient subsituées par l'élève, qui deviendrait "acteur de sa propre instruction". Ce nouveau rôle de l'élève au sein de l'école a permis de justifier les pires aberrations : remise en cause de l'autorité du professeur, chargé désormais de faire de l'animation, négation de l'inégalité entre élève et maître, nivellement par le bas...
Comme pour le salarié, on a introduit, dès la maternelle, des dizaines de normes auxquelles l'élève devait correspondre. On a envoyé les maîtres et maîtresses en formation pour qu'ils puissent maîtriser ces normes, apprenant en réalité un jargon incompréhensible. Quand les maîtres recoivent les parents, ils n'hésitent pas à déclarer que tel enfant a un problème de latéralité ou qu'un autre éprouve des difficultés à se mouvoir spatio-temporellement. Les parents n'y comprennent rien, ce qui permet de brouiller définitivement les liens existant encore entre eux et l'école : l'Education Nationale est parvenu à empêcher les parents de se mêler de ce qui se passe au sein des établissements scolaires, ils méritent bien un petit applaudissement.
C/ Conclusion
A travers tous ces exemples, on a pu voir que le modernisme a fait considérablement évoluer la société, et surement pas dans le bon sens. Il a créé cette société perpetuellement en mouvement qui est la nôtre, rendant ainsi le français moyen incapable de se fixer sur quelque chose : c'est la culture du zapping. A force de vouloir s'intéresser à toutes les réalités, celui qui devrait être un citoyen finit par se déconnecter totalement de la réalité, notamment politique. Et nos élites jouent une pièce de théâtre... Reste à savoir quand le peuple français demandera à être remboursé.




